Je souhaite confier à votre lecture descriptions de rêves, impressions de voyage, choses vues ou inventées...
Alors que je me promenais dans les rues qui gravitent autour du centre Georges Pompidou (à la recherche de quelque chose à manger car j’étais saisie d’une petite crise de boulimie), j’ai vu un de ces comédiens sans parole qui restent longtemps immobiles dans l’attente du tintement charitable d’une piécette dans leur chapeau. A ce moment ils se mettront en vie, comme réchauffés et revigorés par la générosité, des badauds devenus public.
J’aime leurs costumes et leur démarche d’automates, d’hommes-machines volontairement aliénés pour le plaisir poétique et pour l’argent. J’aime leur manière de remettre en question leur humanité.
Il y en avait un de ceux-là, donc, sur la place de la fontaine Stravinsky.
Il était perché sur son petit tréteau et tout vêtu de doré : smocking doré, souliers dorés, chemise dorée, chapeau haut de forme et gants dorés, tout le visage et le col enfin dorés, dorés, dorés.
Au moment où je l’ai vu, il était la proie d’une brochette de jeunes filles étrangères qui le moquaient, ou peut-être était-il le prédateur ; je m’explique.
Une des jeunes filles était montée sur le tréteau du petit gentleman soleil, dodu et pas jeune homme.
Elle veut que ses copines la photographient avec le mime.
Toutes gloussent
- car elles ont trouvé un souvenir de voyage, un objet rigolo à consommer.
L’homme a un gag qui fait pouet. Il fait pouet pouet la jeune fille qui le tient par la taille hurle comme un goret et tout en riant et ses amis s’esclaffent en photographiant.
Et l’homme use savamment de son pouet à chaque instant propice de la tension hystérique et les filles hurlent et rient et cela dure bien cinq minutes de pouets et de rires.
Et l’homme reste assez impassible, il ne fait que pouet, il porte un masque mais s’amuse profondément.
Je me demandai qui se moquait de qui dans cette scène, qui était un mélange de mépris et de complicité.
Un gag sain.
2012